lundi 19 décembre 2011

mercredi 23 novembre 2011

Drive, "there's something inside you, it's hard to describe"

Le synopsis d'après Allocine

"Un jeune homme solitaire, "The Driver", conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. (...) la route du pilote croise celle d’Irene et de son jeune fils. Pour la première fois de sa vie, il n’est plus seul.
Lorsque le mari d’Irene sort de prison et se retrouve enrôlé de force dans un braquage pour s’acquitter d’une dette, il décide pourtant de lui venir en aide. L’expédition tourne mal…
Doublé par ses commanditaires, et obsédé par les risques qui pèsent sur Irene, il n’a dès lors pas d’autre alternative que de les traquer un à un…"

     Le scénario peut sembler faible au premier abord, les détracteurs du film y voient un objet long et ennuyeux sans véritable moteur. (le comble quand on s'appelle Drive)  mais il se révèle extrêmement bien construit. On pourrait probablement trouver plus riche ou subtile ailleurs mais il permet ce qui à mon sens est l'élément premier pour un film réussi : l'harmonie. Oui, l'harmonie entre l'écriture et tous les aspects de la réalisation, c'est-à-dire que le talent des acteurs, la musique (que ce soit une bande originale ou des morceaux soigneusement choisis), etc se fondent en un ensemble cohérent et porteur d'émotions.


     
     On notera donc des éléments plus ou moins évidents, partons de l'analogie entre le personnage principal et le scorpion. Lorsqu'il sort de l'ascenseur après avoir littéralement démoli un de ses poursuivants, la caméra le montre de dos, sa veste sur laquelle est dessinée un scorpion remue sous le souffle du vent. L'animal semble prendre vie, notre "driver" s'animalise de plus en plus pour devenir un véritable prédateur. On remarque qu'il n'utilise jamais de revolver, il se défend toujours à mains nues ou à l'aide d'outils divers tels qu'un marteau. Les objets pointus nous rappellent le dard du scorpion, au lieu d'être un simple moyen ils deviennent le prolongement de sa force. La dernière partie du film, la plus violente est celle qui se consacre à la mue de notre héros, celui-ci revêt une nouvelle peau avec son masque de cascadeur, c'est ainsi qu'il tue un homme dans l'eau. Cette fois la métaphore animale apparaît à travers la figure du requin, le plus grand prédateur marin. L'animal est également récurrent, on se rappelle d'une scène quasi programmatique au début du film où il regarde, en compagnie du fils d'Irène un documentaire sur les requins. Il demande s'il existe des gentils requins... Cette question marquera l'esprit du spectateur, sa réponse demeurera en suspens. On apprécie ce héros violent, il est le gentil de l'histoire mais la violence, par sa gradation peut choquer autant qu'elle fascine...


     De façon plus subtile, le scénario est la clé d'une des dernières scènes. En effet, on croît le personnage principal mort, immobile il repose devant son volant, les yeux ouverts. On espère le voir cligner des yeux mais la scène se prolonge nous rappelant le regard vide de Marion dans "Psychose", c'est à cet instant qu'on devrait se rappeler d'une conversation anodine entre le "driver" et le jeune garçon d'Irène, au début du film. Ils s'observent et il lui dit : "Tu as cligné des yeux." Ce petit jeu où le perdant est le premier à cligner des paupières révèle la capacité du héros à se maîtriser quand il le faut et à garder son sang froid, tel un requin effectivement. Il parvient ainsi à garder les yeux ouverts bien plus longtemps que la plupart des gens, ce qui est vérifié par la suite, ces yeux se ferment, il est vivant. Symboliquement, on peut considérer qu'une partie de lui-même est morte puisque la vie est symbolisée par des yeux qui se ferment, comme s'il lui avait fallu pour survivre sacrifier son humanité.

     Cette maîtrise, celle du conducteur est omniprésente. Ses aptitudes à l'auto-défense, son instinct de survie se révèlent de manière anticipée quand il s'amuse avec sa voiture avec Irène. La scène se répétera plus tard, en d'autres circonstances, nous dévoilant un plan presque semblable. Ces figures presque artistiques lui sauveront la vie, c'est pourquoi il se comporte toujours en conducteur, on ne nous le montre jamais autrement, on ne peut d'ailleurs l'appeler que "driver". Les mouvements de caméra, très fluides donnent l'illusion d'une conduite, toujours en mouvement il semble lui même toujours au volant d'une voiture. Cette dernière est en quelque sorte le prolongement de son être, il se comporte dans la vie comme il conduirait une voiture. Son métier n'est pas seulement sa fonction mais son essence. Parfois la caméra donne l'impression qu'il est suivi par une force invisible, comme si son destin le rattrapait, ce poids pèse constamment sur ses épaules et ajoute une tension supplémentaire au film.

     Cela se manifeste également par sa passion avec Irène. Carrey Mulligan est d'ailleurs parfaite, elle possède une certaine beauté silencieuse (on se rappelle de Never Let me go), et les silences sont justement bien placés, en écho aux jeux d'ombre et de lumières, tout prend donc place de façon mesurée. Cela laisse bien entendu le champ-libre aux regards qui s'épanouissent par l'intermédiaire des acteurs, excellents. L'amour ou la passion (cf les paroles de "Under your spell" de Desire ) n'ont donc pas besoin d'être dits et ne le sont jamais. Si les dialogues sont relativement peu présents, les voix des personnages s'expriment davantage à travers les chansons soigneusement choisies. Elles ont des sonorités électroniques, obsédantes, on peut considérer que ce sont elles et leurs paroles qui dévoilent l'âme des personnages. La passion silencieuse d'Irène se déploie alors dans toute sa force par leur intermédiaire ou par l'intensité du regard comme nous l'avons vu précédemment. La jeune femme n'a pas de rôle direct dans cette histoire, elle ne peut qu'être passive et subir les évènements. Si l'on peut être déçu de sa faible présence dans la seconde partie du film on remarque l'intérêt de son effacement, de son impassibilité. La calme extrême du personnage contraste avec la tension du film, palpable de la première minute à la dernière. Cette opposition de la force et de la sérénité est remarquable, on peut également y trouver l'antithèse entre essence et apparence.


     Notre "driver", n'ayant ni nom ni prénom incarne à merveille la figure de l'autre qui pénètre dans une vie et la bouleverse. Il s'agit de l'autre qui fascine mais aussi celui qui représente un danger. C'est précisément ce qu'il constitue face à Irène même s'il agit pour la protéger, c'est pourquoi leurs échanges sont toujours aussi captivants, ils renferment une sorte d'insoluble mystère qui procure au spectateur une forme d'attirance autant qu'aux personnages. Notre cascadeur, par essence, animal solitaire se met justement à rêver de ne plus être seul, il semble que cela soit pourtant la seule condition qui puisse l'attendre, comme si le destin l'y contraignait. Ce n'est qu'à la fin du film qu'il accepte cet état et renonce à ses espoirs de vie avec la jeune maman, il accepte totalement son identité et la solitude qui en découle. Sa transformation s'est achevée et c'est par amour, c'est-à-dire le sentiment le plus humain qui soit qu'il renonce à la normalité. Le film s'achève ainsi sur un paradoxe, nous laissant quelques minutes dans le silence du générique...

    Ce sont pour moi, toutes ces raisons qui font de Drive un des meilleurs films de l'année, un film qui fait d'ores et déjà partie des classiques du cinéma américain...



 "there's something inside you, it's hard to describe" paroles extraites de "Nightcall" deKavinsky

lundi 10 octobre 2011

Pour1Ecran

Mon premier blog n'avait pas de thème particulier mais s'est rapidement tourné vers les écrans, petits ou grands. J'ai ainsi décidé de réunir les meilleurs billets sur Pour1écran, un ensemble plus cohérent. Je reporte les articles uns par uns, le projet n'en est donc qu'à un état embryonnaire et la mise en page ne devrait pas tarder à s'améliorer...

mardi 23 août 2011

Captain America, first avenger.

Apparemment le film est fidèle aux premiers Marvel mais n'étant pas spécialiste du genre, il m'est difficile d'en parler. (je vous dirigerai donc vers cette critique, on ne peut plus enthousiaste de Delromainzika : Captain America, une adaptation dépassant les attentes.) Ce n'est pas du grand cinéma, on n'atteint évidemment pas la dimension des derniers Batman, ni la qualité des Spiderman de Sam Raimi mais l'on apprécie ce blockbuster, bien construit malgré des longueurs et une surenchère d'explosions  qui est presque parvenue à m'ennuyer. Il s'agit donc d'un show à l'américaine, de ceux qu'on aime et dont les symboles nous font rêver.

Et justement, le manichéisme est de règle dans Captain America, il répond à l'époque du film mais nous surprend également car il se fait plus rare de nos jours. Le succès de Batman en est un très bon exemple, on cherche à approfondir ces histoires, notamment la personnalité des méchants. Le dernier Superman présentant un Lex Luthor lisse échoue tandis que la série Smallville s'étant longuement intéressée à ses origines a connu un succès notable. Est-il donc encore possible de faire du super-héros comme autrefois ? On ne peut nier le charme de Captain America lié à cette ancienne Amérique, lié à cette lutte du bien contre le mal, tout simplement... En temps de crise on ne peut identifier de coupable même si on en ressent le besoin à travers Kerviel et cie, emblèmes de la crise, dans notre vie personnelle on ne peut pas toujours agir pour améliorer les choses, on ne peut donner un sens aux malheurs par des biens supérieurs. Or, dans ce monde de super-héros, tout est plus simple, au moins en apparence, l'Histoire-même puisqu'on nous plonge dans une guerre mondiale édulcorée.

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Ainsi Captain America est très classique, on y retrouve des ingrédients basiques : la mort d'un parent ou d'un ami qui finira de forger la volonté de notre héros, (le professeur jouant ici le rôle du père ou du créateur, ses paroles sages guideront le personnage et lui rappelleront ses origines) une histoire d'amour impossible qui lui brise le cœur l'entraînant dans une insondable solitude, un vilain aussi vilain qu'hideux.  L'honnête Steve, au cœur pur est courageux, un peu maladroit dans les relations sociales (cf Clark Kent, Peter Parker...) mais surtout opiniâtre. Rien d'original mais c'est réussi. Green lantern étant sorti peu avant, The Dark knight rises, les prochains Superman (toujours à l'écart des autres) et Spiderman comptant parmi les films les plus attendus des années suivantes, on peut se demander quelle est l'ampleur de la vague super-héroïque ! Une question est de plus en plus fréquente : Marvel ou Comics ? Peu importe la réponse, cela montre leur retour en force, cette émulation me semble bénéfique.  Si c'est le cas, cela annonce d'ores et déjà des sujets d'études aussi riches que fascinants. Entre nos rêves d'enfance et  nos doutes d'adultes, ils n'ont pas fini de nous captiver, ces super-héros et ce n'est pas pour me déranger...

mercredi 13 juillet 2011

3D VS 2D, un article en partenariat avec les Plumes asthmatiques

Les Plumes asthmatiques (quel beau nom...) m'ont invitée à écrire un article sur leur blog, suivez le lien si vous osez !

3D VS 2D

Et maintenant sur le tout nouveau blog des Plumes asthmatiques (que je vous invite largement à découvrir ! ) : 3D VS 2D

En bonus : Swing Little girl


vendredi 24 juin 2011

Brothers & Sisters : Every teardrop is a waterfall



Je m'intéresserai principalement à la quatrième saison.  
(article empli de spoilers pour ceux qui ne l'ont pas vue ! )

http://i1.cdnds.net/10/06/M/tv_brothers_and_sisters_logo.jpg
Après ma première chronique sur la série ici, je m'attaque à la quatrième saison, probablement la plus poignante. La palette des thèmes abordés est étonnante : le coming-out avec Kevin qui découvre à 14 ans son homosexualité, le cancer avec Kitty, la fausse couche avec Rebecca, très bien gérée, la vieillesse (Alzheimer) avec la mère de Norah, les grossesses après 40 ans suggérées un épisode avec Sarah,  la crise identitaire de la quarantaine avec Kevin et Robert qui se cherchent professionnellement,  le SIDA avec Saul...



Mais commençons par parler de Robert que j'avais mis de côté la dernière fois, cette fois, cela s'impose.... Il est lié à Kitty par sa passion pour la politique, son ambition, son caractère fougueux, c'est pourquoi leur relation dans un premier temps de l'ordre du coup de foudre devait s'égarer dans le conflit pour mieux renaître. La maladie de Kitty en sera l'élément déclencheur et laissera apparaître un personnage plus drôle et serein, il se rapprochera de Norah avec qui il partageait une relation complexe. En effet cet électron libre ne correspond pas à sa vision de la famille, il rappelle le passé de Kitty à New York, lorsqu'elle avait pris ses distances, comme le fera Tommy bien plus tard. Il semble qu'il faille toujours un outsider, un frère ou une sœur qui prenne du recul et puisse en revenant apporter un regard nouveau sur la famille Walker (je pense déjà à Justin lors de la saison 5 mais c'est une autre histoire...)

Kitty...est-il vraiment nécessaire de parler de son cancer ? Les objets dramatiques sont décidément très nombreux dans cette saison. Sa peur, son silence car si les Walker parlent beaucoup ils savent dissimuler leurs souffrances. Pas à pas on découvre sa chimiothérapie, les choix qu'elle devra faire, sa volonté de contrôler son destin, l'idée de la mort rarement explicité mais planant toujours dans son regard. Cette intrigue a bâti une bonne partie de la saison, l'inscrivant parmi les plus émouvantes de celles qu'il m'ait été donné de voir !

La dernière fois, je ne me suis pas intéressée aux enfants de Sarah, pourtant ils croisent eux-aussi notre chemin....Paige pressent toujours les malheurs, au début de la série elle assiste à la mort de son grand-père, elle découvre ensuite la maladie de Kitty alors qu'on voulait lui cacher. Cette maturité lui permet d'accepter les situations qu'elle ne maîtrise pas, du divorce de ses parents lors de la saison 1 à l'arrivée de Luc. Paige est une enfant très stable qui grandit et chemine vers l'adolescence, en revanche son frère plus jeune et agité aura une réaction différente à l'arrivée de Luc, c'était prévisible, de façon peu originale la série montre d'abord l'excitation du jeune garçon pour ce Frenchie super cool qui débarque, tel un copain de jeux puis son agressivité quand le peintre s'installe à la maison, prend la place de l'homme et comme Sarah, instaure des règles. On approfondit donc le thème des familles recomposées puisque Luc et Cooper construisent leur propre relation. Mais le plus important dans cette histoire reste pour moi le passage d'une relation idéalisée, à une réalité concrète. Le coup de foudre survenu en France s'éloigne pour ne demeurer qu'un lointain souvenir. On remarque au passage les beaux clichés de la France, les femmes enceintes boivent du vin, on aime le fromage, les omelettes, etc. Il faudra se confronter au quotidien, aux détails auxquels on n'avait pas pensé, à divers désaccords pour que le couple tienne le coup, c'est une évolution très intéressante. Quelques épisodes plus tôt, Sarah avait d'ailleurs dû choisir entre l'amour ou la raison, la sécurité ou la passion. Essayer de se convaincre qu'elle aimait ce sage père divorcé fut un échec. (oserais-je un lieu commun mais criant de vérité : l'amour a ses raisons, que la raison...)

Après l'adoption pour Kitty, est venu le tour de Scotty et Kevin (je parle souvent de Kevin en premier étant un Walker alors pour rétablir l'équilibre je place Scotty devant, eh oui c'est qu'on l'aime aussi notre Scotty !) Il s'agira cette-fois d'une mère porteuse, avec tous les problèmes techniques, s'y rapportant, la loi, la conception, la réaction psychologique des personnages... Kevin était le plus motivé des deux, son compagnon ayant encore quelques craintes, la situation s'inverse en fin de saison... Quoi qu'il en soit, le couple demeure le plus solide de la série, les personnages s'aiment et son complémentaires. What else ?

Justin et Rebecca quant à eux sont vraiment semblables, ils dissimulent leurs émotions, préfèrent les gérer seuls. Elle avec sa fausse-couche, lui avec son camarade mort en Afghanistan. Rebecca finit par vouloir aller de l'avant, se projeter dans le futur en achetant une maison, c'est sa réaction, Justin songe à reprendre du service chez les militaires, il veut appartenir à un groupe, sentir cette émulation, se sentir nécessaire à une cause.

Parallèlement nous avons cet appel que ressent aussi Robert : servir une cause qui nous dépasse, qui nous est supérieure. Robert l'ambitieux accepte donc cette mystérieuse mission alors qu'il l'avait refusée dans un premier temps. Lui qui semblait désœuvré... il ne pouvait vivre en père au foyer plus longtemps, on ne reconnaissait d'ailleurs pas vraiment ce nouveau Robert, comme si l'appel du destin était inéluctable. (ce que le dernier épisode confirmera hélas) Cette perte de projet, de motivation habite aussi Kevin. Ah Kevin, je ne pensais pas que ce serait possible mais je l'aime encore plus avec cette saison 4. Cette tête de cocker triste peut lui donner parfois un aspect comique mais le personnage reste un  des plus bouleversants de la série. Le double épisode mériterait d'ailleurs une page spéciale.  J'ai adoré cette immersion dans les 80's sur fond de Cindy Lauper (Time after time), ce regard de Kevin quand il comprend qu'il est au cœur du chantage, ce déchirement intérieur, cette culpabilité sont inoubliables. Le fait qu' un évènement dont on ignorait l'existence mais qui était présent depuis le commencement puisse remettre toute une vie en cause et vous faire perdre tout repère est une idée percutante. Quant aux souvenirs de chaque Walker  refaisant surface façon Cold Case... bouleversant. (pas de fausse note dans la mise en scène qui utilise avec justesse un très bon casting. On croît à ces Walker des années 80,  chapeau pour le choix du jeune Tommy...) On n'avait jamais parlé du coming-out de Kevin mais son adolescence difficile a été subtilement évoquée durant toute la saison par ses propres remarques, il avait peu d'amis...En y repensant a posteriori on trouve l'intrigue construite avec une certaine progression mais sur le moment, l'effet de surprise était déchirant.


Mais cette saison, l'on pourrait également décerner la palme d'or à Norah. On la trouve à la fois forte et vulnérable, elle veut protéger ses enfants, elle n'est pas parfaite, a fait des erreurs. Elle est totalement démunie face à des évènements qu'elle ne contrôle pas et qui peuvent détruire ses enfants, Tommy d'abord, ensuite Kitty ensuite Kevin et de nouveau Justin, tiens ça faisait longtemps, cet ami mort tombe à merveille. (mais mince, ils veulent nous faire mourir de tristesse les scénaristes avec cette saison...) Elle se recentre donc totalement sur ses enfants à partir des problèmes d'Ojai Food mais elle a souffert de sa liaison avec ce médecin douteux, il la trompait... Alors qu'elle possède tant d'expérience et de lucidité sur la vie, qu'elle a l'habitude de la trahison, elle s'est laissée allée au piège de l'amour... Elle a eu le courage de se lancer dans une aventure, de laisser tomber les protections qu'elles avaient bâties, c'est avec brio qu'elle se remet de cette épreuve. Norah, je t'admire !

La  saison 4,  c'est le turning point pour les Walker, c'est la saison qui nous rappelle que tout change. Cette évolution, si on la pense sans cesse, si on en parle et l'imagine, on ne parvient pas toujours à l'enclencher, il faut attendre le bon moment. Et après des mois ou des années d'attente, des éléments extérieurs viennent bousculer notre vie, ils nous poussent dans nos retranchements, nous obligent à vaincre nos peurs, à nous remettre en question et enfin, tout change. Alors c'est irréversible, plus de retour en arrière possible, on se dirige droit vers le futur. Le futur, celui que Norah et Holly contemple à Narrow Lake. (astucieux cet anagramme) Parmi les changements majeurs on a les adieux à Ojai food qui touchent principalement Saul et Sarah.

Parlons du premier que j'avais laissé le personnage dans l'ombre lors de ma première chronique. Il en blague d'ailleurs, selon lui il est le seul homo sorti du placard qui risque d'y retourner ! Il n'est pas au cœur de la famille, il gravite autour mais est toujours fidèle au poste. Sa solitude lui pèse, son amertume se ressent souvent. Les autres Walker sont assez égoïstes face à lui, seule sa relation avec Kevin et Scotty est vraiment désintéressée et épanouissante. On ignore tout de sa vie privée, on la suppose inexistante en raison de son travail et de son investissement pour les Walker... La question du SIDA le place au devant de la scène, est-il séropositif ? Peut-être, peut-être pas... après un doute, je me suis finalement laissée guider par les scénaristes,
et surprendre par le retournement de situation final. Je suis désormais certaine de ne pas être cardiaque, merci aux Walker !

Sarah, jeune a fait peu d'erreurs,  a brillamment réussi sa carrière, ses études... Sa confrontation à l'échec est depuis le début de la série un élément fascinant.  Je me souviendrai toujours de ce passage chez le psychologue où elle parle de son divorce avec Joe, ici l'échec est la vente d'Ojai. Elle n'en a pas l'habitude, elle en est profondément blessée, c'est si dur de tourner une page de tout recommencer pas à pas, de tout reconstruire et de simplement revenir aux premières étapes d'un projet, l'amour, le travail peu importe...c'est toujours désorientant, c'est le vent du changement qui tantôt nous exalte, tantôt nous effraie. Ce n'est pas mon personnage préféré mais je l'avoue, la voir pleurer m'émeut toujours au plus haut point.

William, on est obligé d'en parler. William, cette ombre qui se meut dans le dos des Walker depuis 4 saisons ! On le déteste encore et encore mais on hésite : aimait-il sa femme ? Avec la découverte des plans d'une maison qu'il destinait à Norah, on en est désormais convaincu, c'est la force de la série. Ce sale type ne sera pas diabolisé, ce serait trop simple. Nous voici encore  devant la complexité de la vie, celle à laquelle on est confronté tous les jours. William et Norah...quelle énigme. On ne peut vraiment la comprendre, il faut accepter ce mystère. Il fréquentait d'autres femmes,  était malhonnête,  a pris des mauvaises décisions mais possédait un charisme indéniable mais surtout il aimait sa famille avec sincérité. (rappelons-nous de ce grand-père et sa petite-fille assis au bord d'une piscine...)La série nous rappelle donc l'étonnante complexité du genre humain.

On parle souvent des personnages mais peu d'Ojai, pourtant tout s'y est passé, c'était le centre de B&S, l'architecture de la série. C'est comme si William vivait encore par l'entreprise. Kevin a rencontré Scotty quand il y travaillait. Saul, l'électron libre qu'on oublie trop souvent (au milieu de toute cette agitation Walkerienne, on le perd de vue ce que est fort dommage.) Les problèmes d'Ojai auraient pu selon moi être mis de côté durant certains épisodes à son profit, son coming-out avait été par exemple bien géré. Je me souviens d'une réflexion qu'il avait faite à Kevin , disant qu'à son époque être homosexuel était moins facile, l'accident d'Aaron montre que ce n'est pas le cas.

Ce qui est merveilleux avec Narrow Lake c'est que l'entreprise, la partie magouille de William disparaît mais la renaissance se fait pas l'anagramme de Norah, par la part d'amour qu'il lui portait. Cette image de l'eau jaillissant du sol est remarquable, une véritable renaissance, on nous y fait croire en plus et Saul paraît sincère mais l'épisode suivant bouleverse toutes nos théories. B&S la série qui remet toujours tout en question, toutes nos théories sur la vie.


Nous pourrions également consacrer un article entier à l'épisode d'adieux à Ojai. (pour cela je vous invite à consulter certains blogs où vous trouverez, des reviews très soignées des épisodes, trois points de vue différents d'amoureux de B&S : Critik en séries, Des news en séries et Judging series) Les dernières minutes sont mémorables,  le silence est tellement rare dans la série qu'il en devient encore plus précieux. Le magnifique air irlandais chanté par Scotty parachève cet instant unique. La tension palpable est celle des moments qu'on ne peut commenter...



C'était presque un final season, mais pas seulement. Ce sera tout pour aujourd'hui. Lights out.

A bientôt pour nos dernières aventures avec B&S.


P-S Pourquoi Every teardrop is a waterfall ? Quand j'ai commencé cet article, il y a plusieurs semaines, Coldplay a sorti le premier single de son nouvel album et j'ai trouvé que le titre correspondait bien à la série...

mercredi 8 juin 2011

Juno, petite balade adolescente



Juno, c'est beau. Juno c'est une BO. D'ailleurs le film se raconte à travers elle, d'ailleurs, qui n'a pas souri en entendant "Anyone else but you" ?
Je pourrais vous parler de cette adolescente pas comme les autres, de son regard sur la vie, des dialogues drôles ou tristes, je pourrais vous dire à quel point son histoire d'amour est touchante, à quel point la réalisation est réussie mais je ne m'étendrai pas... Les garçons portent tous le même short, ils courent tandis qu'elle passe au milieu d'eux,  ce genre de plan revient régulièrement, c'est bien pensé. Cette fille au drôle de prénom est différente comme le dit la mère de Paulie Bleeker. Ce film assez léger ne tombe jamais dans les clichés, intelligent, teinté d'humour il nous ballade de chanson en chanson.  (au sens propre quand on voit les premières minutes) C'est du teen comme on l'aime avec des acteurs toujours justes. (les sériephiles auront une pensée pour Alias ou The Closer) L'accent n'est pas mis sur la grossesse, on la voit simplement évoluer au rythme des saisons, on note peu de prises de tête avec Juno qui s'avère être aussi rafraichissant que sympathique. L'adolescente erre encore entre l'enfance avec son drôle de téléphone hamburger et l'âge adulte mais son indépendance, son sens de la répartie font d'elle un être remarquable, plus mature que la plupart des adultes. Une question revient souvent, mais comment se définit-elle ? Elle ne peut pas répondre, elle ne peut rentrer dans une case créée par la société, elle c'est Juno, c'est tout ce qu'on peut dire !  Sa relation avec son père est elle aussi loin des stéréotypes, sa petite discussion avec lui à propos de l'amour est assez amusante. Tout ce qui pourrait être sérieux est dédramatisé dans Juno, c'est la vie et on la prend comme elle vient avec humour ou amour. L'idée du "le garçon que tu choisiras devras t'aimer pour ce que tu es, même quand tu seras moche, etc" est assez classique mais donne une jolie couleur à l'histoire, la fin s'annonce tranquillement... Le dénouement est tellement charmant qu'il est difficile de lui trouver des défauts, tellement charmant que j'ai mis 5 étoiles au film sur Allocine (ce qui n'a en soi aucune importance) et que j'ai déjà téléchargé sa BO. Beaucoup de Kimya Dawson, du Belle & Sebastian et le meilleur pour la fin : "Anyone else but you" interprété par Michael Cera et Ellen Page.



A voir absolument.