samedi 31 décembre 2011

Somewhere, stoïcité du non-héros

Somewhere, c'est l'histoire de Johnny, acteur qui se laisse diriger de rôle en rôle, qui accepte les situations qui viennent à lui s'en réellement s'en soucier, il protestera peu quand il devra s'occuper de sa fille, Cléo quelque temps.  On plonge alors dans le morne quotidien d'une star d'Hollywood et l'on comprend que la réalisation porte l'œuvre, il semble que la scénariste et la réalisatrice ne pouvaient être qu'une  seule et unique personne pour un tel film, film qui selon la rumeur ne parlerait de rien. Certes, Coppola a pour sujet de prédilection l'ennui mais peut-on pour autant confirmer cette idée reçue ? Ma réponse sera pour une fois catégorique : non.  Ce film évoque peut-être le ressenti du vide, il nous propulse entre la douce nonchalance et la dépression mais il ne parle pas de rien, non seulement il n'est pas vide de sens, théorie qui l'inscrirait dans un cinéma purement contemplatif mais il est extrêmement riche, bien plus qu'on aurait pu l'imaginer.
Le choix du plan fixe pour les danseuses est subtile, cela leur permet de sortir du cadre lorsqu'elle se dandinent près du sol.  Le regard figé de Johnny nous est transmis par cette vision subjective, ses yeux possèdent une fixité, une sorte de non-vie ce que renforce l'éloquent silence de la première partie du film. Sans que l'on s'en aperçoive vraiment, la musique se fait de plus en plus présente. Le corps de Johnny semble vide, il se meut dans un univers qui ne peut plus le toucher, il assiste gelé à ces petites séances de danses sexy en spectateur passif,  les thèmes du chaud et du froid sont fortement marqués, ce dernier étant prédominant par exemple à travers l'eau, la glace au chocolat, la pâte qu'on lui applique sur le visage, etc. Lors de la scène du massage on observe derrière la table un tableau qui repose sur le sol, on y distingue le mot Cold écrit en gros caractères. L'huile de massage réchauffera-t-elle notre glaçon ambulant ? Rien n'est suffisamment efficace pour l'éveiller, l'alcool, une voiture qui va de plus en plus vite mais ne fait finalement que tourner en rond, des femmes qui s'exhibent de manière de plus en plus inventive et parviennent à lui tirer un faible sourire, sans valeur. Rien ne peut réveiller son être, on ignore d'ailleurs s'il en a l'envie, il demeure donc à côté du monde et de sa propre existence, son esprit n'appartient plus à son corps, il a glissé ailleurs, on ne sait où. Johnny n'est pas. Les philosophes grecs pourraient parler d'ataraxie une suspension des passions devant menée à une certaine quiétude...
Il dit "Cléo, t'as vu ?" en effet c'est le regard qui importe le plus dans sa vie, on s'en aperçoit dès le début du film, il le recherche mais laisse une barrière entre lui et le monde. Il garde toujours ses lunettes de soleil  en sortant, probablement en raison de sa notoriété.  On constate le décalage entre la réception de ses films ou de sa propre image et de ce qu'il est lui-même. Le plus surprenant étant qu'il ne joue aucun jeu, on n'entre pas dans ce cliché facile. Il erre, morose se laissant porter par les situations qui viennent à lui.  Le plan récurrent le dévoilant allongé sur son lit illustre son état général, lors d'une soirée, d'une séance photo il n'est pas dans une position différente, il ne ressent rien d'autre qu'en étant somnolant. Assister à l'évolution d'un être paralysé peut nous fasciner, cet homme qui s'était lui-même mis en mode pause ne peut plus rien ressentir, ni joie ni peine. C'est pourquoi on le caractérisera de non-héros.  Cette star déprimée,  en prise avec l'absurdité du monde peut vaguement nous rappeler celle de This must be the place avec Sean Penn, il semblerait que cela soit dans l'air du temps.

Cet individu est momifié, littéralement lorsque l'on prépare son masque pour un rôle. (On s'interroge d'ailleurs : son nouveau visage ne reflèterait-il pas ce qu'il est devenu en son cœur ?)  La seule chose qu'il puisse faire est respirer, en attendant. Mais qu'attend-il ? On ne le sait pas vraiment tout comme on ignore qui lui envoie des SMS accusateurs. Pour Johnny il s'agit donc de vivre en attendant qu'un évènement le sorte de sa torpeur, ce ne sera pas fulgurant, plutôt une lente progression. Une lueur est apparue dans ses yeux, de manière inespérée quand sa fille patinait. C'est peut-être elle le soleil qui le dégèlera, excusez le lieu commun mais il me semble particulièrement approprié au film. Cette fille calme, et réservée c'est lui sans les ravages de la vie, elle sautille encore. Elle croît à son art, se perfectionne. Poussée par la vision d'un avenir, motivée par des projets qu'elle ne peut qu'imaginer. Ce merveilleux élan vers le lendemain qui motive cet âge s'envole sous le poids de l'expérience, Coppola l'illustre avec brio. Cet ailleurs vivant est donc en sa fille, la seule partie de lui qui bouge.
Lors de la 36 ème minute, Johnny respire fortement sous cette épaisse pâte qu'on lui a imposée, on semble vouloir montrer qu'il est encore en vie contrairement à ces masques de silicones à l'expression figée d'horreur que l'on aperçoit en arrière-plan. C'est désormais le seul élément qui le retienne à la vie : il respire. On note également que c'est une fois l'équipe partie que les inspirations se font plus profondes, cela nous mène à une certaine réflexion. En société, il reste en apnée et reprend son souffle quand il est seul mais ce besoin de l'autre fait résurgence à l'arrivée de sa fille. Il ne pourra plus fuir cette petite lueur qu'on avait vu dans ses yeux au début du film.
Cléo est une artiste, une poète dans le sens originel du terme, c'est-à-dire qu'elle créé au lieu d'être créée par les autres, à leur convenance. Johnny se laisse aller aux mains de chacun comme un mannequin sans âme, ce sentiment de vacuité a envahi tout son être, il a cessé de lutter et erre sans motivation d'hôtel en hôtel, de tournage en tournage. Tandis que sa fille tape dans la balle de tennis, il se contente d'être la balle de tennis. (idée déjà esquissée au début du film  avec les danseuses sexy possédant des raquettes) On suppose qu'il s'est senti obligé d'adopter cette froideur qui le caractérise. Il n'avait pas le choix, c'était son moyen de résister au monde, de le relativiser de ne pas prêter d'attention à ce qui lui arrivait, la philosophie des stoïciens qui pouvait être une force est devenue sa faiblesse. Cela nous mène évidemment à une interrogation : l'homme être terrestre, peut-il vraiment la faire sienne ? Revenons à la relative insensibilité du personnage principal, il ferme une partie de lui au monde pour ne pas se faire dévorer par la société. Il les laisse imaginer ce qu'ils veulent pour protéger ce qu'il est vraiment mais au fil du temps il s'est perdu, sa vie n'est plus motivée. Le motif de la voiture revient souvent, ce qui compte c'est la conduite qu'on en fait, notre destination. Cette petite métaphore de la vie s'étendra d'un bout à l'autre du film. Mais Johnny ne va nul part, son essence s'est ainsi envolée "somewhere".
Cléo joue, nage, dessine, patine. Il dort, il observe, reste dans le jacuzzi. Et pourtant ces deux là, très attachés à leurs téléphones portables se ressemblent. L'adolescente intériorise ses sentiments, elle craquera à la fin du film, et pleurera tout comme son père. On peut considérer leur relation comme un échange sur le mode de la respiration. Il lui apprend une capacité : nager sans respirer, c'est-à-dire en apnée, se mouvoir dans le monde en retenant son souffle, matière de l'intériorité. Il ne s'attache pas aux femmes qu'il fréquente, il couche avec elles mais ne souhaite pas  créer de liens, ce que certaines ne comprennent pas. Avec sa fille, c'est différent puisque leur relation de sang ne peut s'altérer. Il l'aime et même s'il pourrait être tenté de s'en éloigner, il ne le fait pas et ce pour une bonne raison : il a besoin d'elle. Elle réanime l'enfant qu'il a pu être.  Après s'être amusés dans la piscine, ils mangent de la glace un soir, alors qu'elle pourrait dormir, elle semble en avoir envie ou besoin.  Pour évoluer dans le monde, on a besoin d'une certaine dose de glace, de stoïcité mais on ne peut laisser celle-ci prendre le pas sur notre humanité. Serait-ce là le message du film ? En effet Johnny totalement détaché de l'univers qui l'entoure comme s'il avait glissé du stoïcisme à l'épicurisme...
 
Faisons une pause avec "Teddy bear" chantée par Romulo Laki

"Baby let me be,
Your lovin teddy bear
Put a chain around my neck,
And lead me anywhere
Oh let me be
Your teddy bear.

I don't wanna be a tiger
Cause tigers play too rough
I don't wanna be a lion
Cause lions aint the kind
You love enough.
Just wanna be, your teddy bear
Put a chain around my neck
And lead me anywhere
Oh let me be
Your teddy bear.

Baby let me be, around you every night
Run your fingers through my hair,
And cuddle me real tight"

Cléo se sent abandonnée, Johnny se sent profondément seul, on distingue dans le film deux sortes d'ennuis, un positif que l'on pourrait qualifier de contemplatif, il s'agit des  moments qu'ils partagent ensemble et un autre intrinsèquement lié à la solitude que tout homme a pu un jour ressentir dans sa vie. Tout ce qu'il recherche c'est de la tendresse, de l'authentique mais le monde superficiel dans lequel il évolue ne peut réellement lui offrir alors il s'auto-protège, on suppose que ce sont des blessures passées qui l'on mené à ce repli sur lui-même ou plutôt cet oubli de lui-même, cette  mise à l'écart de son souffle vital. En étant froid et sans vie, il parvenait à ne pas sombrer. Il a peur de l'altérité mais avec sa fille, c'est différent, c'est ce qui rend leur relation si particulière. Fréquenter les autres, Cléo doit s'y préparer puisqu'elle va en colonie de vacances. Contourner les règles sans en avoir l'air Johnny le maîtrise parfaitement, en restant impassible bien sûr. Il n'évoque rien de bien entreprenant, il suffit de cacher un peu de nourriture dans son armoire au cas où elle aurait un petit creux. Chacun donne donc à l'autre une partie de lui-même. C'est un juste équilibre à trouver : il lui a appris à retenir sa respiration quand il le fallait, elle lui a rendu son souffle. Ainsi, il pourra vivre dans les meilleurs moments, elle survivre dans les pires mais idéalement chacun devrait faire face à l'adversité sans perdre sa motivation de vivre. Enfin, il renverra la balle de ping-pong, on aura un véritable échange avec sa fille. Question, réponse. Nous avons enfin une interaction avec le monde mais pas n'importe lequel, le sien. Il faut attendre 1h 13 pour qu'il s'éveille mais enfin il nage, il sourit. Elle ne pourra pas le quitter, elle ne pourra rien attendre d'autre de lui que d'être son père. Aucun poids, il se sent léger et libéré en sa présence, comme le montre symboliquement le plâtre qu'il retire avec joie. Il peut-être à l'aise, lui-même. Alors qu'il semblait chagriné de devoir emmener sa fille avec lui, il souhaiterait désormais qu'elle reste un jour de plus en sa compagnie. Il n'est plus seul, ce n'est pas feint et il peut revivre. A 1h16 on le voit, au premier plan jouant du piano, il agit, il parvient à remuer ses mains, ses liaisons nerveuses semblent à nouveau reliées à son cerveau. La minute suivante, on aperçoit la fameuse voiture roulant vite mais plus à vide. Au lieu d'y accueillir un fantôme elle abrite deux personnes qui s'aiment et se comprennent, à leur façon, Somewhere est donc aussi l'histoire d'une relation père/fille singulière, probablement à l'instar de celle que la réalisatrice a entretenu avec son père.
Pour survivre, ses parents ont délaissée Cléo, alors qu'elle leur aurait permis de vivre.  Qui peut-on blâmer ? Personne. Le monde est absurde comme on peut le voir à travers le système qui enferme l'acteur, qui l'emmure. Les télévisions se précipitent telles des charognes sur les petits bouts de vie qu'elles peuvent trouver mais en en façonnant l'image elles en détruisent l'essence. Sur l'écran, dans les reportages, dans les festivals on ne verra jamais du vrai. C'est notre société qui fonctionne de cette manière, telle un rouleau compresseur elle risque à tout moment de nous écraser et de nous engloutir dans ses profondeurs. Alors on a peur, on ne réagit pas forcément de la meilleure des façons, puisque l'homme n'est pas perfectible. Dans le pire des cas, comme Johnny on devient solitaire, cela ne signifie pas qu'il a oublié les autres, peut-être tout simplement qu'il se sent trop faible et ne peut s'occuper de personne d'autre que de lui-même, ce qui explique son absence dans la vie de sa fille, la fuite de ses responsabilités. Il l'aime profondément, lorsqu'elle pleure dans la voiture on devine que sa détresse ou sa solitude lui brise le cœur, cela le renvoie à ses propres angoisses. Mais il la laisse partie en colonie de vacances, il reprend ses distances pour survivre en attendant d'avoir la force de vivre. C'est progressif, c'est difficile, c'est le fruit d'une lente évolution et c'est ce que je vois en Somewhere. Si l'on me dit que c'est un film bâti sur du néant, je répondrai alors que c'est vous les critiques amateurs ou professionnels qui n'y voyez rien, aveuglés par les phares de la société.

Penchons-nous désormais sur la fin : est-ce un retour à la case départ ?

"Je suis rien, je veux rencontrer Jules Verne."dit-il au téléphone à Leila, la mère de Cléo.

Alors qu'il avait trouvé le moyen de supporter la solitude avant de renouer des liens avec sa fille, cela le déchire désormais. Il a besoin de quelqu'un mais personne ne vient, Leila lui dit non, elle sent que ça ne va pas mais elle n'en perçoit pas l'ampleur, elle dit juste "non" et reste éloignée, inatteignable, le figeant dans sa solitude, alors qu'il avait fait la difficile démarche d'avouer sa faiblesse, de saisir le téléphone et de composer un numéro. Ce qu'a fait sa fille est à la fois merveilleux et horrible, en réveillant la vie en lui elle en également la réveillé la douleur. N'étant plus froid,  il tombe dans les gouffres du désespoir. Après une lente anabase on assiste à la catabase alors que la non-vie le maintenait dans une certaine médiocrité, aucun excès de sentiment. Maintenant qu'on lui a enlevé ce fameux don de ne rien ressentir, comment peut-il tenir le coup et ne pas s'effondrer ? Comment peut-il se lever chaque matin ? Les gestes sont donc mécaniques, l'eau des pâtes est brûlante mais il n'y prête aucune attention, il les verse dans l'égouttoir, sans rien penser ni sentir. On suppose qu'il prend des anxiolytiques (d'après le début du film), ils l'aideront sans doute pour le quotidien mais jusqu'à quand ? Alors il flotte encore sur l'eau pour redevenir comme avant, et s'insensibiliser à la vie. Le jour est venu où rester dans son hôtel, tourner en rond est devenu insupportable, on ne sait où il va mais il doit partir, bouger, évoluer. Il prend donc la route jusqu'à ce que la voiture n'ait plus d'essence et continue à pied, l'horizon s'étend à perte de vue, cependant il avance tout droit, tout seul certes mais droit devant lui. (On se rappelle d'une fin semblable : celle de Seul au monde...) On ignore où il va, peut-être que finalement, lui non plus mais au moins il avance...
"Ne pas monter bien haut peut-être,  mais tout seul" disait Cyrano...

jeudi 22 décembre 2011

Le vent se lève (The Wind that Shakes the Barley )

Critique

On connaît tous de manière plus ou moins vague l'histoire mouvementée de l'Irlande, le combat forcené de ses indépendantistes contre les troupes anglaises au début du XX ème siècle. Mais nos connaissances sur le sujet restent floues et finalement peu d’œuvres en font leur objet, The Wind that Shakes the Barley vous plonge au milieu d'un groupe de résistants et plus particulièrement de la vie de deux frères puisque Damien rejoint le combat deTeddy, l'aîné. Ken Loach est assez froid, c'est anti-hollywoodien et je trouve cela intéressant. Ne pas avoir fait du flamboyant avec une belle photographie, une belle BO cela sert le scénario. En effet, s'il y a des larmes, le larmoyant est aux antipodes du film. Le réalisateur n'a pas voulu jouer avec l'âme celtique et n'a pas fait ce qu'on pouvait attendre de ce genre de film, si cela peut nous sembler déstabilisant, il faut comprendre que c'est un choix. Ken Loach prend parti, toujours, on est prévenu :  il fait du cinéma engagé. Cela nous aide à prendre conscience des évènements qui se sont déroulés en Irlande, on peut d'ailleurs considérer que ne jamais se situer du côté de la Grande-Bretagne rééquilibre l'histoire, il s'agit de révéler ce qui était resté dans l'ombre. Cette guerre est souvent tue, porte-t-elle seulement le nom de guerre ? L'accent est mis sur la pauvreté du pays, on comprend que beaucoup aient décidé d'émigrer, le film n'est pas tourné en épopée à l'Américaine d'ailleurs. Le réalisateur a voulu faire ressortir de la dureté, par la forme et le fond avec les violences, les cris, les paysages... on ne peut nier cette réussite. Le plus intéressant et poignant, ce sont les déchirements au sein même de l'Irlande, le début est très dur, montrer tant de violence était-il utile ? Dans le but de choquer, oui et cela fonctionne. On remarque quelques longueurs dues aux longues discussions politiques, ou tergiversations des indépendantistes,  la marque de fabrique du réalisateur, c'est relativement long mais assez réaliste, cela permet d'autre part de montrer les divisions internes aux groupes indépendantistes, les dilemmes moraux auxquels ils sont confrontés, le cinéaste ne se contente donc pas de faire un film à l'honneur des irlandais oppressés, ce qui correspondrait à un motif social de fond mais fait ressurgir de manière éclatante la complexité de la situation qu'ils ont vécu sur le plan humain ou politique.

Nommé en même temps que Marie-Antoinette (l'excellent film de Sofia Coppola), Le Vent se lève a remporté la palme d'or.  On peut penser qu'il a été choisi car il ne correspond pas aux films que le spectateur a l'habitude de rencontrer sur son chemin, qu'il soit cinéphile ou non. Cela reflète une volonté de récompenser un cinéma moins populaire, les films de Ken Loach étant peu diffusés (au cinéma comme à la télévision), peut-être qu'il existe aussi des enjeux politiques dont on n'a pas conscience, je ne pense pas que ce prix ait ravi les Anglais... Bref, il s'agit d'un film marquant, probablement le meilleur de Ken Loach.

Le titre du film fait référence à une vieille chanson irlandaise qu'on entend lors de la marche dans la brume...


Une autre version...


lundi 19 décembre 2011

mercredi 23 novembre 2011

Drive, "there's something inside you, it's hard to describe"

Le synopsis d'après Allocine

"Un jeune homme solitaire, "The Driver", conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. (...) la route du pilote croise celle d’Irene et de son jeune fils. Pour la première fois de sa vie, il n’est plus seul.
Lorsque le mari d’Irene sort de prison et se retrouve enrôlé de force dans un braquage pour s’acquitter d’une dette, il décide pourtant de lui venir en aide. L’expédition tourne mal…
Doublé par ses commanditaires, et obsédé par les risques qui pèsent sur Irene, il n’a dès lors pas d’autre alternative que de les traquer un à un…"

     Le scénario peut sembler faible au premier abord, les détracteurs du film y voient un objet long et ennuyeux sans véritable moteur. (le comble quand on s'appelle Drive)  mais il se révèle extrêmement bien construit. On pourrait probablement trouver plus riche ou subtile ailleurs mais il permet ce qui à mon sens est l'élément premier pour un film réussi : l'harmonie. Oui, l'harmonie entre l'écriture et tous les aspects de la réalisation, c'est-à-dire que le talent des acteurs, la musique (que ce soit une bande originale ou des morceaux soigneusement choisis), etc se fondent en un ensemble cohérent et porteur d'émotions.


     
     On notera donc des éléments plus ou moins évidents, partons de l'analogie entre le personnage principal et le scorpion. Lorsqu'il sort de l'ascenseur après avoir littéralement démoli un de ses poursuivants, la caméra le montre de dos, sa veste sur laquelle est dessinée un scorpion remue sous le souffle du vent. L'animal semble prendre vie, notre "driver" s'animalise de plus en plus pour devenir un véritable prédateur. On remarque qu'il n'utilise jamais de revolver, il se défend toujours à mains nues ou à l'aide d'outils divers tels qu'un marteau. Les objets pointus nous rappellent le dard du scorpion, au lieu d'être un simple moyen ils deviennent le prolongement de sa force. La dernière partie du film, la plus violente est celle qui se consacre à la mue de notre héros, celui-ci revêt une nouvelle peau avec son masque de cascadeur, c'est ainsi qu'il tue un homme dans l'eau. Cette fois la métaphore animale apparaît à travers la figure du requin, le plus grand prédateur marin. L'animal est également récurrent, on se rappelle d'une scène quasi programmatique au début du film où il regarde, en compagnie du fils d'Irène un documentaire sur les requins. Il demande s'il existe des gentils requins... Cette question marquera l'esprit du spectateur, sa réponse demeurera en suspens. On apprécie ce héros violent, il est le gentil de l'histoire mais la violence, par sa gradation peut choquer autant qu'elle fascine...


     De façon plus subtile, le scénario est la clé d'une des dernières scènes. En effet, on croît le personnage principal mort, immobile il repose devant son volant, les yeux ouverts. On espère le voir cligner des yeux mais la scène se prolonge nous rappelant le regard vide de Marion dans "Psychose", c'est à cet instant qu'on devrait se rappeler d'une conversation anodine entre le "driver" et le jeune garçon d'Irène, au début du film. Ils s'observent et il lui dit : "Tu as cligné des yeux." Ce petit jeu où le perdant est le premier à cligner des paupières révèle la capacité du héros à se maîtriser quand il le faut et à garder son sang froid, tel un requin effectivement. Il parvient ainsi à garder les yeux ouverts bien plus longtemps que la plupart des gens, ce qui est vérifié par la suite, ces yeux se ferment, il est vivant. Symboliquement, on peut considérer qu'une partie de lui-même est morte puisque la vie est symbolisée par des yeux qui se ferment, comme s'il lui avait fallu pour survivre sacrifier son humanité.

     Cette maîtrise, celle du conducteur est omniprésente. Ses aptitudes à l'auto-défense, son instinct de survie se révèlent de manière anticipée quand il s'amuse avec sa voiture avec Irène. La scène se répétera plus tard, en d'autres circonstances, nous dévoilant un plan presque semblable. Ces figures presque artistiques lui sauveront la vie, c'est pourquoi il se comporte toujours en conducteur, on ne nous le montre jamais autrement, on ne peut d'ailleurs l'appeler que "driver". Les mouvements de caméra, très fluides donnent l'illusion d'une conduite, toujours en mouvement il semble lui même toujours au volant d'une voiture. Cette dernière est en quelque sorte le prolongement de son être, il se comporte dans la vie comme il conduirait une voiture. Son métier n'est pas seulement sa fonction mais son essence. Parfois la caméra donne l'impression qu'il est suivi par une force invisible, comme si son destin le rattrapait, ce poids pèse constamment sur ses épaules et ajoute une tension supplémentaire au film.

     Cela se manifeste également par sa passion avec Irène. Carrey Mulligan est d'ailleurs parfaite, elle possède une certaine beauté silencieuse (on se rappelle de Never Let me go), et les silences sont justement bien placés, en écho aux jeux d'ombre et de lumières, tout prend donc place de façon mesurée. Cela laisse bien entendu le champ-libre aux regards qui s'épanouissent par l'intermédiaire des acteurs, excellents. L'amour ou la passion (cf les paroles de "Under your spell" de Desire ) n'ont donc pas besoin d'être dits et ne le sont jamais. Si les dialogues sont relativement peu présents, les voix des personnages s'expriment davantage à travers les chansons soigneusement choisies. Elles ont des sonorités électroniques, obsédantes, on peut considérer que ce sont elles et leurs paroles qui dévoilent l'âme des personnages. La passion silencieuse d'Irène se déploie alors dans toute sa force par leur intermédiaire ou par l'intensité du regard comme nous l'avons vu précédemment. La jeune femme n'a pas de rôle direct dans cette histoire, elle ne peut qu'être passive et subir les évènements. Si l'on peut être déçu de sa faible présence dans la seconde partie du film on remarque l'intérêt de son effacement, de son impassibilité. La calme extrême du personnage contraste avec la tension du film, palpable de la première minute à la dernière. Cette opposition de la force et de la sérénité est remarquable, on peut également y trouver l'antithèse entre essence et apparence.


     Notre "driver", n'ayant ni nom ni prénom incarne à merveille la figure de l'autre qui pénètre dans une vie et la bouleverse. Il s'agit de l'autre qui fascine mais aussi celui qui représente un danger. C'est précisément ce qu'il constitue face à Irène même s'il agit pour la protéger, c'est pourquoi leurs échanges sont toujours aussi captivants, ils renferment une sorte d'insoluble mystère qui procure au spectateur une forme d'attirance autant qu'aux personnages. Notre cascadeur, par essence, animal solitaire se met justement à rêver de ne plus être seul, il semble que cela soit pourtant la seule condition qui puisse l'attendre, comme si le destin l'y contraignait. Ce n'est qu'à la fin du film qu'il accepte cet état et renonce à ses espoirs de vie avec la jeune maman, il accepte totalement son identité et la solitude qui en découle. Sa transformation s'est achevée et c'est par amour, c'est-à-dire le sentiment le plus humain qui soit qu'il renonce à la normalité. Le film s'achève ainsi sur un paradoxe, nous laissant quelques minutes dans le silence du générique...

    Ce sont pour moi, toutes ces raisons qui font de Drive un des meilleurs films de l'année, un film qui fait d'ores et déjà partie des classiques du cinéma américain...



 "there's something inside you, it's hard to describe" paroles extraites de "Nightcall" deKavinsky

lundi 10 octobre 2011

Pour1Ecran

Mon premier blog n'avait pas de thème particulier mais s'est rapidement tourné vers les écrans, petits ou grands. J'ai ainsi décidé de réunir les meilleurs billets sur Pour1écran, un ensemble plus cohérent. Je reporte les articles uns par uns, le projet n'en est donc qu'à un état embryonnaire et la mise en page ne devrait pas tarder à s'améliorer...

mardi 23 août 2011

Captain America, first avenger.

Apparemment le film est fidèle aux premiers Marvel mais n'étant pas spécialiste du genre, il m'est difficile d'en parler. (je vous dirigerai donc vers cette critique, on ne peut plus enthousiaste de Delromainzika : Captain America, une adaptation dépassant les attentes.) Ce n'est pas du grand cinéma, on n'atteint évidemment pas la dimension des derniers Batman, ni la qualité des Spiderman de Sam Raimi mais l'on apprécie ce blockbuster, bien construit malgré des longueurs et une surenchère d'explosions  qui est presque parvenue à m'ennuyer. Il s'agit donc d'un show à l'américaine, de ceux qu'on aime et dont les symboles nous font rêver.

Et justement, le manichéisme est de règle dans Captain America, il répond à l'époque du film mais nous surprend également car il se fait plus rare de nos jours. Le succès de Batman en est un très bon exemple, on cherche à approfondir ces histoires, notamment la personnalité des méchants. Le dernier Superman présentant un Lex Luthor lisse échoue tandis que la série Smallville s'étant longuement intéressée à ses origines a connu un succès notable. Est-il donc encore possible de faire du super-héros comme autrefois ? On ne peut nier le charme de Captain America lié à cette ancienne Amérique, lié à cette lutte du bien contre le mal, tout simplement... En temps de crise on ne peut identifier de coupable même si on en ressent le besoin à travers Kerviel et cie, emblèmes de la crise, dans notre vie personnelle on ne peut pas toujours agir pour améliorer les choses, on ne peut donner un sens aux malheurs par des biens supérieurs. Or, dans ce monde de super-héros, tout est plus simple, au moins en apparence, l'Histoire-même puisqu'on nous plonge dans une guerre mondiale édulcorée.

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Ainsi Captain America est très classique, on y retrouve des ingrédients basiques : la mort d'un parent ou d'un ami qui finira de forger la volonté de notre héros, (le professeur jouant ici le rôle du père ou du créateur, ses paroles sages guideront le personnage et lui rappelleront ses origines) une histoire d'amour impossible qui lui brise le cœur l'entraînant dans une insondable solitude, un vilain aussi vilain qu'hideux.  L'honnête Steve, au cœur pur est courageux, un peu maladroit dans les relations sociales (cf Clark Kent, Peter Parker...) mais surtout opiniâtre. Rien d'original mais c'est réussi. Green lantern étant sorti peu avant, The Dark knight rises, les prochains Superman (toujours à l'écart des autres) et Spiderman comptant parmi les films les plus attendus des années suivantes, on peut se demander quelle est l'ampleur de la vague super-héroïque ! Une question est de plus en plus fréquente : Marvel ou Comics ? Peu importe la réponse, cela montre leur retour en force, cette émulation me semble bénéfique.  Si c'est le cas, cela annonce d'ores et déjà des sujets d'études aussi riches que fascinants. Entre nos rêves d'enfance et  nos doutes d'adultes, ils n'ont pas fini de nous captiver, ces super-héros et ce n'est pas pour me déranger...

mercredi 13 juillet 2011

3D VS 2D, un article en partenariat avec les Plumes asthmatiques

Les Plumes asthmatiques (quel beau nom...) m'ont invitée à écrire un article sur leur blog, suivez le lien si vous osez !

3D VS 2D

Et maintenant sur le tout nouveau blog des Plumes asthmatiques (que je vous invite largement à découvrir ! ) : 3D VS 2D

En bonus : Swing Little girl